Rechercher

Comment l'Eglise peut aider les personnes suicidaires ?

Dans deux de mes dernières publications, j’ai abordé le sujet du suicide. J’ai raconté ce que j’avais vécu il y a quelques années. Aujourd’hui, j’avoue être assez sensible lorsque j’entends qu’un jeune s’est suicidé. Même si je ne le connaissais pas, j’ai une boule qui me monte à la gorge et des larmes qui me viennent aux yeux. Cette situation est terriblement angoissante pour des familles, particulièrement quand elles n’ont pas su détecter des signes qui auraient pu leur permettre d’intervenir. Des pères, des mères, des frères et des sœurs portent alors une culpabilité qui peut parfois les ronger à petits feux.


Cette situation est d’autant plus difficile lorsque le jeune qui s’est suicidé était chrétien et que toute la famille allait à l’Église. Montent alors des questions, des réflexions qui peuvent miner la foi. Comment un jeune dont la vie commence peut-il avoir comme seule échappatoire de mettre fin à sa vie ? Comment en est-il arrivé à considérer que l'agonie de continuer à vivre était plus grande que l'horreur d'y mettre fin ?

Étant moi-même passé par là, je me demande si je ne peux pas aussi aider ceux qui passent par ces moments difficiles. Mon expérience peut-il servir à des jeunes et à des familles ? Et puis, je me demande si nos communautés, nos églises ne peuvent pas intentionnellement tendre la main à ceux qui luttent avec des pensées suicidaires ?

Je ne m’attarderai pas sur les statistiques, nous en avons fait état dans les publications précédentes. Mais derrière les statistiques se cache la réalité que le suicide reflète une souffrance profondément enracinée chez les gens. 90 % des personnes qui se suicident ont un problème de santé mentale sous-jacent, en particulier la dépression, le trouble bipolaire et la toxicomanie.

Comment aimer les autres si embourbés dans la souffrance ? Comment être à côté de ceux dont la souffrance enlève toute possibilité de croissance spirituelle ? En tant que corps du Christ, comment reconnaître et travailler avec les désespérés et les ramener à l'espérance ?


Prévention dans l'Église

Là encore, dans des publications précédentes, j’ai décrit ce que devrait être l’Église au sens biblique du terme. J’ai montré comment l’Église est un projet de Dieu pour rétablir des relations saines qui nous permettent de progresser et de nous épanouir. L’Église est aussi un lieu de restauration qui nous aide à guérir nos blessures. Elle est donc utile à bien des égards. Concernant notre sujet, des études ont montré que fréquenter une église et savoir faire face aux circonstances de la vie avec une vision spirituelle faisait diminuer les risques de suicide. (voir Preventing Suicide de Karen Mason : A Handbook for Pastors, Chaplains and Pastoral Counselors , p. 38).


Cependant, des études suggèrent que nous pouvons faire plus. Dans une étude LifeWay de 2017, un tiers des fidèles ont déclaré avoir un ami proche ou un membre de leur famille qui s'était suicidé. Bien qu'un tiers de ces victimes soient allés à l'église, seulement 4 % ont déclaré que les dirigeants ou les membres de l'église étaient au courant de leurs luttes.

Cette déconnexion révèle des opportunités potentielles manquées de sauver des vies. La plupart des personnes qui survivent à une tentative de suicide s'engagent à nouveau dans la vie et si nous pouvions aider quelqu'un pendant le moment douloureux de la crise suicidaire, alors, si Dieu le permet, nous pouvons l'aider à se rétablir et à prospérer. La clé est de rester en contact avec nos frères et sœurs, de reconnaître quand les ombres les envahissent et d'avoir le courage d'intervenir.

Le concept de fraternité doit aller au bout de sa logique : nous ne pouvons rester indifférents face à un frère ou une sœur qui souffre. Aucune excuse n’est possible face à notre inaction lorsque nous avons connaissance de la souffrance d’un des membres du corps du Christ. Certes, nous ne sommes pas tous des psychologues, mais montrer de l’affection à celui qui s’enfoncent dans les idées noires peut être une petite lumière qui le rattache à la vie.

Je partage avec vous les idées suivantes pour nous aider à identifier et à soutenir une personne aux prises avec des pensées suicidaires.


Comment aider

1. Restez connecté

Les personnes aux prises avec des pensées suicidaires sont moins susceptibles de se suicider si elles peuvent identifier une raison de vivre, surtout si cette raison implique des relations avec les autres. Les personnes suicidaires se sentent souvent désespérément seules et, en effet, l'isolement social est un facteur de risque de décès par suicide.


Nous ne pouvons pas connaître les luttes d'un frère ou d'une sœur si nous ne sommes pas connectés. Il ne s’agit pas simplement ici d’assister aux mêmes programmes. Mais d’être véritablement connectés les uns aux autres. En tant que membres d'un même corps (Romains 12 : 5), nous avons tous besoin d'appartenir à un groupe, d'aimer et d'être aimés. La prévention du suicide commence par se soucier suffisamment les uns des autres pour savoir quand quelque chose ne va pas. Cela commence par aimer notre prochain, s'impliquer et se soucier suffisamment d’eux pour nous demander comment vont ceux qui nous entourent.


2. Reconnaître les signes avant-coureurs

Bien que le suicide soit notoirement difficile à prévoir, certains signes avant-coureurs peuvent nous alerter sur des problèmes potentiels. Si vous remarquez les indicateurs suivants chez un ami ou un proche, n'hésitez pas à leur parler :

• Aggravation de sa santé mentale (humeur dépressive, anxiété, etc.), notamment lorsqu'elle s'accompagne d'agitation

• Comportement imprudent (par exemple, consommation accrue de substances, prise de risque)

• Retrait social

• Diminution de l'hygiène personnelle

• Parle ou écrit sur la mort

• Menace de se suicider

• Changement dramatique de son humeur après une période de dépression (qui peut indiquer une intention de se suicider)

• Cherche à accéder aux moyens de se suicider

• Comportement préparatoire (par exemple, donne des biens précieux, se sépare de choses qu’elle aime).


3. Parlez-leur

Si le comportement de quelqu'un nous inquiète, ayons avec elle une conversation privée d'une manière aimante et sans jugement. Les experts disent qu’il peut être important de demander directement si la personne envisage le suicide. Des études montrent que cette question ne « met pas l'idée » dans la tête d'une personne en détresse. En réalité, la plupart des personnes dans cet état sont soulagées lorsque quelqu'un aborde le sujet.

Ne la traitez surtout pas en victime. Ne minimisez pas sa douleur. Ne lui donnez surtout pas de conseils (et surtout pas de phrases toutes faites !). Personnellement, j’avais horreur de ces phrases toutes faites qui me donnaient plus souvent l’impression de ne pas être pris en compte personnellement. J’avais juste l’impression que l'autre en face de moi récitait juste une leçon apprise et qu’en réalité tout ce que je pouvais dire ne changerait en rien le texte qu’il allait me débiter. Je n’étais pas vraiment écouté. Prenez le temps d’écouter et d'être présent. Cependant, si cette personne vous demande de promettre de garder secrètes ses pensées suicidaires, refusez poliment mais fermement: sa vie et sa sécurité priment sur la confidentialité.


4. Déterminer la gravité de la crise

Si une conversation indique des pensées suicidaires, la gravité doit être déterminée. Posez des questions sur le plan, les moyens et l'intention :

• Cette personne a-t-elle un plan pour se suicider ?

• A-t-elle les moyens de se suicider ?

• A-t-elle l’intention de se suicider ?

Si quelqu'un décrit des pensées passives de vouloir mourir, mais nie avoir un plan, des moyens ou une intention réelle, il est approprié de référer cette personne à un professionnel ou un thérapeute. Cependant, si quelqu'un décrit des pensées suicidaires actives, un plan clair, des moyens disponibles et une intention forte, cette personne a besoin d'une prise en charge immédiate. Si vous n'êtes pas sûr, de l'un ou l'autre cas, il est préférable de se tromper en adoptant la position la plus prudente.


5. Demandez de l'aide

Si une personne est passivement suicidaire, sans plan, sans moyen ou intention, encouragez-la à se faire soigner et proposez de contacter un médecin ou un thérapeute pour cette personne. Restez impliqué et faites un suivi régulier pour offrir votre soutien.

Si quelqu'un est activement suicidaire, ne le laissez pas seul. Cherchez les adresses de structures pouvant la prendre en charge. Emmenez-le aux urgences psychiatriques.

Si possible, éliminez tous les moyens mortels qui sont à la portée de la personne. Limiter l'accès aux méthodes de suicide réduit considérablement les taux de suicide.


Soutien aux affligés

La tragédie du suicide s'étend au-delà des victimes, laissant une profonde douleur aux amis et aux proches. Par la suite, des paroles imprudentes peuvent aggraver les blessures. Plus de la moitié des personnes interrogées dans le cadre de l'étude LifeWay ont déclaré que les membres de leur communauté étaient plus susceptibles de bavarder sur le suicide que d'aider la famille de la victime.


Lorsqu'une personne subit la perte dévastatrice d'un être cher par suicide, le besoin d'espérer et de s’accrocher à l'Évangile est particulièrement urgent. Beaucoup d'entre nous n'ont pas étudié de manière profonde la question du suicide et portent des hypothèses qui ne reflètent pas la vérité biblique. Certains se demandent si le suicide est un péché impardonnable. Certains se disent aussi que le fait qu’il se soit suicidé, montre que cette personne n’était pas vraiment une chrétienne ou n’avait pas la foi. D’autres déclarent de manière implacable que tout suicidé ne sera pas sauvé.

Plusieurs ouvrages sont disponibles sur le sujet. N’hésitez pas à les lire avant de dire des choses qui pourront faire plus de mal que de bien.


Les responsables d'église doivent lever le tabou concernant la dépression et le suicide dans leur communauté. Un programme spécial peut être organisé lors de la journée mondiale du suicide le 10 septembre. Créer des espaces pour aborder ce type de sujet peut aider les membres d'église à s'ouvrir et à en parler. Il faut surtout inviter les membres à considérer le sujet avec humilité.


Ma prière est que lorsque les ténèbres descendent sur les personnes vulnérables et que la vie semble insupportable, le corps du Christ, l'Eglise, puisse offrir un verre d'eau rafraîchissante. Lorsque nous nous soutenons mutuellement avec le message de la grâce de Dieu en Christ et que nous nous unissons en tant que frères et sœurs, nous chassons la solitude. Nous affirmons notre espérance, non dans l'œuvre de nos mains faibles, mais en Christ, à travers lequel Dieu montre son amour, sa miséricorde et son pardon sans limites. C'est à la lumière de cet amour que de petits éclairs de lumière pénètrent l'obscurité.

4 vues0 commentaire