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Y a-t-il des limites dans le cadre de l'évangélisation ?

Nous vivons dans une société où chacun étale et revendique son originalité. Une originalité qui peut aller jusqu'au vulgaire ou à l'indécent. Chacun y va de sa propre mode, de son propre style. Paradoxalement, dans le même temps, il y a une exclusion dure et violente envers tous ceux qui ne rentrent pas dans un certain moule ou qui veulent se singulariser dans leurs pensées ou leurs attitudes. C'est le paradoxe de notre siècle: revendiquer son individualité ou son originalité tout en cherchant à ne pas trop se démarquer d'une norme imposé souvent par les médias.


Les réseaux sociaux sont le reflet flagrant et navrant de cette situation. Certains personnes se font littéralement lyncher pour leurs prises de positions ou leurs choix de vie. Bien sûr, je ne parle pas de position ou de choix qui seraient contraires à la loi. J'ai vu certains se faire harceler simplement parce qu'ils avaient décidé de faire différemment des autres. De dire, de penser ou de faire autre chose que ce que dicte la majorité. Il peut s'agir de manière de s'habiller ou de mode de vie. Il peut s'agir aussi de choses d'une banalité effarante. Bien sûr, vous ne m'entendrez pas dire que sur les réseaux sociaux, tout est bon, beau et bien. Mais doit-on pour signifier son désaccord user de méthodes violentes ? Ne peut-on plus discuter en argumentant sans pour cela devenir violent ? Et puis, les choix des uns et des autres ont-ils forcément besoin d'être discutés, surtout si cela n'a aucune incidence sur le vivre en ensemble! Personnellement, sur ce sujet, je suis assez triste de voir des chrétiens qui, pour défendre leurs points de vue ou dans une idée noble mais fausse de l'évangélisation, ont des propos durs qui excluent toute personne qui ne vivent pas les choix bibliques qu'ils défendent. Ils ont des propos violents qui sont le contraire de ce qu'ils devraient professer. Ils vont à l'encontre de leurs propres valeurs.

Les questions suivantes nous aideront dans notre réflexion : quelles sont nos limites dans la défense de la vérité biblique ? Peut-on tout se permettre sous prétexte de présenter et défendre la vérité ? La violence verbale ou physique est-elle excusable quand l'objectif vise le salut éternel de notre interlocuteur ? Ces questions sont fondamentales pour tout chrétien désirant partager sa foi, et ceci particulièrement sur les réseaux sociaux. Je sais que beaucoup d'entre vous en lisant ces quelques lignes, ont déjà en tête un verset biblique: "prêche la parole, insiste en toute occasion, favorable ou non, reprends, censure, exhorte, avec toute douceur et en instruisant." 2 Timothée 4:2 LSG Ce texte est souvent utilisé pour nous motiver à l'évangélisation. L'apôtre Paul, dans sa rhétorique, nous montre ici la nécessité de prêcher la parole avec un sentiment d'urgence, car le temps s'achève et Jésus revient. Je comprends la nécessité de cette urgence. Je partage évidemment ce sentiment impérieux de porter une bonne nouvelle dont le but est le salut de l'être humain. Mais Paul nous invite-t-il à travers ce texte à importuner les personnes, à les obliger à nous écouter, à les attacher ou à user de violence pour qu'ils entendent notre message ? Devons-nous utiliser des moyens coercitifs dans le cadre du partage de l'Évangile ? Pour répondre à ces questions, il est intéressant d'analyser l'attitude de Jésus, celui qui nous a ordonné de porter cet Évangile dans le monde entier. Dans les récits bibliques, nous ne voyons jamais le Christ user de la force pour faire entendre son message. Jamais, il n'oblige ses auditeurs à l'écouter ou à accepter son message. Deux exemples me viennent à l'esprit. Le premier est celui du jeune homme riche. Il vient à Jésus avec une question sur le salut. Sur son propre salut. Il démontre ainsi l'importance qu'il donne aux choses spirituelles. Jésus entre en dialogue avec lui. Il en ressort au final qu'il n'accepte pas la voie que Jésus lui propose. Il s'en va et tourne le dos à la proposition faite par le Sauveur de l'humanité. Jésus n'insiste pas. Jésus ne le retient pas. Il le regarde partir, certes avec tristesse, mais le laisse libre de son choix. La tristesse de Jésus montre d'ailleurs les sentiments qu'il lui porte. Jésus aurait pu le retenir voire même insister. Mais il ne le fait pas.

Le deuxième exemple est assez pertinent. Il s'agit de l'histoire de celui que la Bible nomme Saul de Tarse. Nous le connaissons plus communément sous le nom de l'apôtre Paul. Paul n'a pas toujours été le fervent apôtre qui écrira une bonne partie des livres du Nouveau Testament. Fervent juif, il a d'abord combattu la religion chrétienne. Et son combat n'a pas été un combat idéologique avec des arguments choisis et appropriés. Il n'a pas écrit des articles ou des thèses pour combattre ce qu'il considérait comme une secte. Non, Saul de Tarse a pris les armes et a cherché à éliminer physiquement tous ceux qui acceptaient la foi chrétienne. Il avait la sincérité de croire qu'il défendait le camp du bien. Le camp de Dieu. Il avait sur le cœur le désir de faire les choses pour Dieu et il y mettait toute sa conviction. Comme Saul, nous pouvons être sincère dans notre désir de prendre parti pour Dieu. Et nous pouvons dans ce désir user de moyens inappropriés comme la violence (verbale ou physique) ou encore la manipulation. Nous pouvons même penser qu'en faisant ainsi nous agissons au nom de Dieu. Que nous sommes sa bouche et son bras. Nous estimons alors avoir une mission sacrée et pour l'accomplir, nous sommes prêts à tous les abus. Nous estimons ces abus, ces moyens violents, utile pour la cause. Ils sont donc d'emblée pardonnable. Comme si, la finalité de défendre la vérité effaçait le mal. Saul de Tarse est dans cet état d'esprit. Il est sûr de lui. Convaincu d'être dans le bon chemin. Sur la bonne voie. Mais Dieu va intervenir. Il va donner son avis. Parce qu'en réalité, c'est le maître de la mission. Il a donc arrêté Saul de Tarse. Dieu va se présenter à Saul comme celui qu'il persécute. Imaginez sa surprise, sa honte, son désarroi... il est passé par toutes les émotions humaines. Et Saul de Tarse devient Paul, le fervent apôtre.

Lorsque nous utilisons la violence contre un autre être humain, quel que soit l'objectif, nous nous attaquons à Dieu lui-même. Nous faisons du mal à Jésus. Que cette personne soit chrétienne ou non. Jésus va affirmer ce principe dans Marthieu 25 quand il parle du jugement dernier; au moment où il séparera les brebis et les boucs. Les mots de Jésus sont à prendre en considération pour notre sujet. Il prend plusieurs exemples, et il dit de manière claire que tout ce que nous faisons à un être humain, dans le sens positif ou négatif, c'est à lui que nous le faisons. Jésus pose ainsi un principe clair qui peut s'étendre à notre sujet, et à tous nos rapports avec nos semblables. Mais revenons à Paul. De sa rencontre avec Jésus, naîtra le plus beau chapitre sur l'amour dans sa première lettre aux Corinthiens au chapitre 13. Paul met ici en avant la motivation qui doit conduire nos actions. Et sa définition de l'amour n'a rien à voir à voir avec le sentimentalisme des films ou des romans à l'eau de rose. Ce n'est pas un sentiment qui varie selon les circonstances ou la personne à aimer. L'amour décrit par Paul, le converti, est un principe que Dieu enchasse dans notre cœur comme une pierre précieuse sur un bijou de valeur. Cet amour est une valeur qui est à la base de toute décision et la motivation de toutes les actions. Lorsque j'aime, je ne peux user de violence verbale ou physique. Je ne peux me montrer intraitable avec les autres. Je ne peux sans cesse être dans la posture de celui accuse, enfonce ou dénigre l'autre. Et ceci même quand l'autre pense ou fait des choix différents des miens.

Pour terminer cette réflexion, je répondrai à une question qui m'a été posé en tant qu'agent territorial. En France, dans les administrations publiques, nous sommes soumis à une obligation de neutralité. Nous n'avons pas à privilégier ou montrer une quelconque préférence pour telle ou telle religion dans le cadre de notre travail. Le prosélytisme est aussi interdit. Quelqu'un m'a demandé comment je fais de l'évangélisation dans le cadre de mon travail puisqu'il m'est interdit de parler de Dieu ? C'est une très bonne question. Pour beaucoup, l'évangélisation consiste à citer des versets les uns après les autres. Ou encore à prendre sa bible pour déclamer des textes bibliques ! En réalité, l'évangélisation consiste à témoigner de ce que Jésus a fait dans ma vie. L'évangélisation, c'est avoir la maturité de vivre dans le contexte actuel un enseignement qui nous est parvenu il y a des milliers d'années et pouvoir montrer sa vitalité et sa cohérence dans ma vie actuelle. L'évangélisation, ce ne sont pas seulement des paroles à porter, c'est d'abord la réalité d'une vie vécu avec Jésus pour centre et pour tout. Il est très facile de citer de textes bibliques appris par cœur. Il est facile d'argumenter sur des sujets bibliques comme on répète une leçon apprise par coeur. Mais, il est plus difficile de faire correspondre les enseignements bibliques dans nos réalités de tous les jours, dans notre contexte quotidien et dans nos circonstances personnelles. Il est facile de citer les expériences de Zachée, de la femme samaritaine, de Paul ou de Pierre. Ou encore ceux du Roi David, d'Abraham, du peuple d'Israël ou des prophètes de l'ancien testament. Mais il est plus difficile de tirer de ces histoires des principes et des valeurs pour notre vie actuelle. De vivre en toute humilité à la hauteur des valeurs que la Bible nous enseigne. En tant que disciple du Christ, ma vie, mes valeurs, mon comportement doivent interroger les autres. Pas besoin de grandes démonstrations ou d'avoir une Bible à la main. C'est cette interrogation qui doit attirer l'autre à s'interroger voire à m'interroger. Personnellement, ma plus grande crainte n'est pas de ne pas pouvoir citer un verset dans le cadre de mon travail. Ma grande crainte est sans cesse de me demander si mon comportement est dicté par les principes et valeurs de la Bible. En conclusion, nous comprenons que la violence qu'elle soit verbale ou physique, ne peut faire partie de la panoplie de méthodes que Christ nous a laissé. Nous sommes des artisans de paix. D'ailleurs Jésus nous dira même que nous devons tendre l'autre joue lorsque que l'on nous frappe sur une joue. Il montre très bien ici que la violence ne doit jamais être du fait du chrétien. Et terminons par le verset qui a débuté cette réflexion: "prêche la parole, insiste en toute occasion, favorable ou non, reprends, censure, exhorte, avec toute douceur et en instruisant." (2 Timothée 4:2 LSG) Il y a des termes importants que nous oublions: avec douceur et en instruisant. Lorsque nous fonçons tête baissée dans des discussions enflammés sur les réseaux sociaux, pensant défendre la Vérité, nous devons agir avec douceur. Les mots que nous utilisons doivent refléter cette douceur. Nous devons aussi instruire. Il y a des atmosphères qui ne permettent pas toujours d'instruire, de porter une information juste qui sera admise et comprise. Plus que jamais nous avons besoin de l'Esprit de Dieu pour discerner des bons moments où une Parole dite avec justesse pourra porter du fruit.

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