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Superbe leçon d'un jeune ayant laissé l'Eglise...


J'ai vécu une expérience qui m'a laissé dans la réflexion. Juste autour d'un déjeuner avec une jeune qui a laissé l'Eglise. Je remercie Dieu pour cette rencontre. Je ne dirai ni le nom, ni le prénom de celui qui m'accompagnait. Cela n'est pas nécessaire.


Dans le cadre de mes activités ecclésiale, je suis beaucoup intervenu dans les programmes de jeunesse et j'ai rencontré plusieurs jeunes. Celui dont je parle, je l'ai ensuite retrouvé sur les réseaux sociaux. Il était en train de laisser l'Eglise et s'engouffrait dans un spirale difficile. Je l'ai aidé du mieux que je pouvais. Je l'ai toujours écouté sans essayer de le convaincre de quoi que ce soit. J'étais là s'il en avait besoin.


A cette période, j'étais très intéressé par la problématique des jeunes qui quittent l'Eglise. Nous assistions en effet à une véritable hémorragie dans nos communautés, et malgré toutes les études et documents lus sur le sujet, je voulais avoir un avis plus "local", plus vrai. Entendre de mes oreilles des jeunes qui étaient en train de laisser l'Eglise, comprendre leurs motivations et leur parcours.


Ne pensez surtout pas que ce jeune était simplement pour moi un objet d'étude ou juste un moyen pour me permettre de comprendre. Je l'appréciais vraiment. Il est devenu un petit frère que je voulais aider et pour lequel je me devais d'être là. Et, nous nous sommes perdus de vue; nous parlant quelques fois sur les réseaux sociaux.


Dernièrement, il m'a contacté. Il voulait juste prendre de mes nouvelles et surtout me dire qu'il n'avait pas oublié ce que j'avais fait pour lui. Il voulait m'inviter au restaurant comme moi, je l'avais fait pour lui, il y a quelques années. Non seulement, il m'invitait, mais il ne me laissait pas le choix pour accepter son invitation: j'acceptais ou... j'acceptais. Voilà.


J'ai, bien sûr, accepté son invitation. Et je ne l'ai pas regretté. J'avais, en face de moi, certes, un jeune qui avait laissé l'église, mais d'une lucidité qui m'a étonné et poussé à la réflexion. Une réflexion sur notre définition de l'église, sur notre manière d'accompagner et d'écouter la jeunesse, sur notre capacité en tant qu'église à nous renouveler et à innover. Une réflexion aussi sur les problématiques et les constats maintes fois faits et refaits et qui ne nous poussent pas à changer et à revenir à l'essentiel.


Je me trompe peut-être souvent...

Durant le repas, j'ai passé plus de temps à écouter qu'à parler. L'écouter sur les raisons de son départ de l'Eglise. Et cette phrase qui revenait souvent: "Je n'ai pas de problème avec l'Eglise ou avec Dieu, j'ai un problème avec les membres d'église, avec leurs attitudes." Il me racontait les nombreuses anecdotes d'incohérences flagrantes chez les adultes, les dirigeants et même les pasteurs. Incohérences entre ce qu'ils prêchent et leurs actions. J'avais lu plusieurs études expliquant ce point comme l'une des causes de la désertion des jeunes dans nos communautés. Mais là, je le touchais du doigt. Et je recevais tout cela, au milieu de ce restaurant, face à un jeune sincère et vrai qui me disait ce qu'il avait sur le cœur.


Il me parlait de sa foi. Du fait qu'il priait et croyait en Dieu. De sa profonde conscience de la vérité qu'enseignait l'Eglise. De sa lucidité sur le fait qu'il ne vivait pas en accord avec Dieu. Et là, je me rendais compte qu'il est souvent facile de faire la leçon aux autres. Facile de juger les autres sur leurs attitudes et leurs choix sans chercher à comprendre ni leurs vies, ni les circonstances qui les ont amenés à prendre certaines décisions. La question qui me revenait sans cesse en tête alors qu'il me parlait: qui suis-je pour dire que ce jeune ne serait pas sauvé ? Qui suis-je pour lui accoler une étiquette de perdu simplement parce qu'il ne va pas à l'Eglise ?


Et, oui, il m'arrive d'avoir cette attitude, si répandue parmi les chrétiens. Oui, il m'arrive de laisser mon esprit vagabonder et mettre les personnes dans des cases. De ne plus les prendre en compte en tant que personne, dans leurs sentiments et émotions.

Je me suis trompé et je me trompe encore des fois en pensant que l'important est que les jeunes soient dans l'Eglise. Mais, en réalité, le plus important est de les aider à avoir une relation pleine et entière avec Dieu. Je crois que la plus grosse erreur de l'Eglise, c'est de simplement vouloir que les jeunes assistent aux programmes, soient actifs et impliqués, mais elle ne s'inquiète pas assez de leur salut, de leur relation avec Dieu. Et là encore, j'entends ce jeune me dire cette phrase à propos d'un dirigeant: "Ce dirigeant est celui qui a ramené le plus de jeune à l'Eglise. Mais sa plus grosse erreur, c'est qu'il a amené les jeunes à lui, mais pas à Dieu." J'étais sidéré par une telle lucidité, une telle capacité à analyser une situation. Mais surtout ce qui lui permettait de dire cela. "Lorsque ce dirigeant est parti, tous les jeunes sont repartis."


Trop souvent, nous pensons et continuons à penser que présence à l'église est synonyme de salut. Que baptême signifie automatiquement vie éternelle. Nous n'avons pas développer une relation et un accompagnement des jeunes qui leur permettent de nous parler. Nous n'avons pas établi avec eux les relations nécessaires pour une véritable transmission de la foi. Nous avons, souvent, transmis des habitudes d'église, mais pas une foi vivante. Nous n'avons pas créer les conditions permettant une vraie écoute des jeunes. Oui, une véritable écoute.


Une écoute nécessaire.

Voilà le second point que j'ai retenu de notre discussion autour de ce bon repas. Plus j'écoutais son récit, plus je me rendais compte que, moi-même, je n'avais pas personnellement pris le temps d'écouter les jeunes. Je suis parti trop souvent du principe qu'il fallait apprendre aux jeunes et donc qu'ils ne savent rien. Nous sommes nombreux en tant que leaders de jeunesse à faire cette erreur. Nous les considérons simplement comme des bouteilles à remplir envers et contre tout. Et même en forçant un peu. Nous nions souvent la réalité de leurs réflexions. Nous nions leur capacité à réfléchir et à porter une appréciation sur notre vécu de la foi. Nous n’écoutons pas leurs questions, car elles nous embarrassent. Elles dévoilent nos incohérences et nos à-peu-près. Et puis, comme les jeunes ne vivent pas leur foi de la même manière que nous, nous pensons que leur vie spirituelle n'existe pas.


Nous organisons des programmes, faisons des séminaires sans tenir compte des besoins des jeunes. Nous choisissons à leur place les sujets que nous jugeons intéressant pour eux. Nous leur prêtons des idées sans leur avoir parler. Nous leur rabâchons les mêmes sujets sur le mariage, les fréquentations et la sexualité tout en refusant de toucher les points qui les intéressent et souvent en n'étant pas un bon exemple pour eux dans ces domaines. Il nous faut peut-être nous l'avouer finalement.

Il m'a parlé des prédications à l'Eglise et comment il s'ennuyait. Des messages rabâchés et remplis de lieux communs. Des phrases toutes faites qui ne tiennent pas compte de la réalité du public auquel on s'adresse. Nous avons discuté des prédicateurs qui ne parlent jamais d’eux-mêmes et de leur expérience avec Dieu. De leur vie quotidienne en 2021 avec des croyances venant d'un livre qui date de milliers d'années. Ces prédicateurs qui ne témoignent pas de la réalité de leur vie avec Dieu aujourd'hui. Qui ne font pas de Dieu une personne réelle avec qui on peut entrer en relation.


Si nous écoutions les jeunes, nous aurions compris que le meilleur programme que nous puissions leur proposer est celui de notre exemple de chrétien fragile, avec nos défauts que nous savons reconnaître et une humilité sincère quand nous remportons des victoires. L'exemple de personnes en lutte qui ont une foi vraie et vivante, non cette foi empruntée qui répète d'années en années des phrases bien dites mais toutes faites qui se transmettent de générations en générations. Les jeunes n'ont pas besoin qu'on leur transmette des phrases bien faites, mais qu'on leur donne des exemples vivants de vécu de la foi au 21ème siècle. Un exemple de la pertinence des principes bibliques aujourd'hui et maintenant. Les jeunes ne veulent pas seulement voir Dieu dans la Bible, mais le voir en action dans nos vies. Ils n'ont pas besoin d'entendre parler du Dieu d'Abraham et de comment il a vécu avec lui. Ils ont besoin de voir le Dieu d'Abraham agir dans nos vies.

Conclusion

Mon déjeuner avec ce jeune m'a poussé dans mes retranchements. Il m'a permis de faire un retour sur moi-même et sur mon ministère. J'ai compris pourquoi j'aimais travailler avec les jeunes. Simplement parce qu'ils nous obligent constamment à nous remettre en question, à mieux asseoir notre foi, à ne pas nous réfugier dans la facilité t les lieux communs.


En répondant à l'invitation d'un jeune ami, qui a certes laissé l'église, j'ai appris beaucoup plus que si j'avais lu un livre ou participé à un séminaire. Je n'étais pas dans de la théorie. J'avais en face de moi un jeune que je devais écouter, simplement écouter. De cette écoute, est née cette réflexion. Une réflexion qui n'est que le sommet de l'iceberg de la foule de choses que j'ai apprises et comprises. Tout ce que je dois remettre en question et désapprendre.


J'ai réappris à prendre en compte l'autre et à ne pas simplement m'appuyer sur mes certitudes, si bonnes soient-elles. Soyons humbles. Dans la vie, les meilleures leçons viennent au moment où l'on s'y attend le moins et des personnes les plus improbables.

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