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Mon père: une absence si présente.

Ma mère dit que je lui ressemble. Elle dit que je parle comme lui, avec cette même assurance et cette sorte d'arrogance qui n'en est pas d'ailleurs. Pourtant, je n'ai pas vécu avec lui. D'ailleurs, je ne l'ai jamais appelé papa. Pourtant il a été fortement présent dans mon existence par son absence.


Mon père est décédé aujourd'hui. Ne me demandez pas la date exacte. Je sais simplement que c'était en décembre. je me souviens encore de l'appel de ma demi-sœur qui me disait que c'était fini pour lui. Il était décédé la veille vers 21 heures à l'hôpital. Il y était depuis quelques jours. Je suis allé le voir à plusieurs reprises. Je l'ai aidé à manger quand il ne le pouvait plus. Je me souviens donc de ce matin-là où il fallait aller à la morgue le reconnaitre. La première fois que je m'approchais si près d'un mort. Je me souviens aussi que j'ai du écrire l'avis de décès. Je me souviens aussi de l'enterrement où j'ai pris la parole pour dire en toute sincérité ce qu'il avait été: un père absent. Et puis, je crois que j'avais besoin de reconnaitre publiquement que la foi que j'ai aujourd'hui, mon appartenance à l'Eglise adventiste du septième jour, je les lui devais. C'est lui qui nous a amené dans cette série de conférence biblique à la suite de laquelle je me suis fait baptisé avec ma mère et mon petit frère.


Mais le fait est qu'il a toujours été absent de ma vie. Mais pourtant affreusement présent. Paradoxe difficile à comprendre. Ma mère n'a cessé de me rappeler que je lui ressemblais. Pourtant, chaque fois que je le voyais, il me faisait peur. Nous n'avons vécu chez lui que durant cinq mois. Cinq mois les plus difficile de ma vie. Il ne nous parlait pas. Ne s'intéressait ni à ce nous faisons ou à ce que nous pensions. A partir de cette période, le bon élève que j'étais, est devenu blasé. Même quand il était présent, il était fortement absent. Cela me rappelle une appréciation d'un de mes professeurs de Première qui avait écrit: "Que d'absences! Et quand il es t présent, que d'absences!" Wow! Parlait-il de moi ou de mon père ? Je me mettais à lui ressembler gravement. Et cela était tout ce que je ne voulais pas. Je crois qu'aujourd'hui, j'ai fait le choix de ne pas avoir d'enfant parce que je ne veux pas reproduire ce schéma d'absence d'un père présent mais inexistant dans ses relations et dans sa communication avec ses enfants.

Ne pensez surtout pas que je suis en train de me défausser sur mon père alors qu'il ne peut pas répondre. Non! J'ai eu l'occasion de lui dire certaines choses avant sa mort. Mais je vous avoue que j'ai eu du mal à lui pardonner. J'ai eu du mal à faire taire ma rancune. Je n'ai pu le faire réellement qu'il n'y a que très récemment. Oui, réussir à ne plus avoir de rancune alors que cette personne n'est plus là. Il était de ses pères de la vieille école qui ne montrent aucune tendresse à leurs enfants. Ces pères qui sont tellement viriles que leur simple présence vous glace et vous fait vous tenir droit. Vous perdez toute envie de parler.


Mon post aujourd'hui veut simplement rappelé l'importance du père. Rappelé qu'il ne doit pas simplement être présent physiquement mais aussi émotionnellement. Rappelé que sa présence dans la vie et le développement des enfants est très important. Je porte encore aujourd'hui les blessures de cette absence. Je me débats encore aujourd'hui avec certains séquelles de cette relation dysfonctionnelle. Mon père a toujours pensé que je ne réussirais pas dans la vie. Et il me l'a dit. Certains de ses mots peuvent encore résonner à mes oreilles.

Dans un précédent post, j'ai expliqué que j'avais abandonné mes études universitaires. Un lundi matin, je suis sorti en plein cours et je ne suis jamais revenu sur le campus. Ce jour-là, je me suis réveillé avec une question après un nuit assez agitée: qu'est-ce que je faisais sur le campus ? Et dans ce cours de grammaire, j'ai finalement compris que j'avais entrepris de grandes études pour prouver à mon père que je n'étais pas con et que je pouvais réussir dans la vie. En réalité, je n'étais pas en train de faire quelque chose pour moi, mais pour prouver quelque chose à quelqu'un. Le pire, c'est que mon père ne s'intéressait nullement aux études que j'entreprenais. Il faisait sa vie.


Aujourd'hui, je constate que beaucoup d'enfants et de jeunes vivent sans père. Des fois, un père présent mais invisible. Ou encore un père totalement absent. Tout enfant a besoin d'un père pour se développer. Une image masculine pour bien se développer. Certains enfants ont la chance d'avoir des pères de substitution: des oncles, des voisins, un grand père. Personnellement, je n'ai pas eu cela. Et je sais ce que ce manque a provoqué dans ma vie.


Même mon prénom était un fardeau et me ramenait à ce père absent. En effet, nous avons le même prénom. Il s'appelait Guy comme moi. Ou je m'appelle Guy comme lui. J'ai même voulu changer de prénom à un moment.

Je constate encore aujourd'hui que des pères ne sont nullement conscients du rôle qu'ils ont à jouer dans la vie de leurs enfants. Je vois encore des pères inconscients des blessures futures qu'ils font vivre à leurs enfants à cause de leur absence ou encore pour répondre à cette injonction de virilité qui ne laisse aucune place à la tendresse et à aucune relation vraie.

Un auteur chrétien a déclaré: "Le père a un rôle important à jouer. Le mari est le soutien du foyer, celui dont l’affection profonde, fidèle et dévouée, rassemble les membres de la famille, mère et enfants, par les liens de l’union la plus solide." Alors, oui, je sais que toutes les familles ne sont pas les mêmes. Mais chers pères, ne laissez pas vos enfants grandir sans votre affection; ne leur donnez pas l'impression qu'ils sont un accident ou un fardeau pour vous. Ils sont là. Assumez votre rôle auprès d'eux. Ils en ont besoin pour leur présent et leur avenir. Chères mères, à moins d'un problème grave, n'empêchez pas au père de votre enfant de voir son fils. Et puis, s'il vous plaît, ne rabaissez jamais un père devant son fils.


Alors, je sais que les choses ne sont pas faciles. Mais ce que j'ai vécu, ce que je vis aujourd'hui, m'invite à vous demander de réfléchir à l'importance du père dans la vie d'un enfant. Mon père a été d'une absence fortement présente dans ma vie. J'ai subi les conséquences de son absence. J'aurai seulement voulu qu'il soit là. Oui, il m'arrive de vouloir qu'il se rende compte de ce que je suis devenu. De l'homme que je suis. Peut-être qu'il en serait fier. Oui, peut-être. Mais cela, je ne le saurai jamais.

“Un père n’est pas celui qui donne la vie, ce serait trop facile, un père c’est celui qui donne l'amour." Denis LORD


Il y a deux morceaux de musiques qui m'ont souvent amené des larmes. Le premier est de Calogero, chanteur français, qui parle de ce père absent. Je vous invite à l'écouter via ce lien: Calogero - "Si seulement je pouvais lui manquer" - YouTube


Et puis, il y a ce morceau de Lissandro CUXI qui parle aussi ce cette absence. Son titre: Vivre sans toi. Je vous invite à le regarder.


Ces deux morceaux m'ont permis de mettre des mots sur ce que je ressentais. Mais j'ai appris par la grâce de Dieu, ce Père aimant, à guérir petit à petit de ces blessures.

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