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J'en ai marre des programmes d'église (2ème partie)...

Dans la première partie, j'ai partagé avec vous mes réflexions sur les doutes qui m'habitent en ce qui concerne les programmes d'église. Des réflexions toutes personnelles qui ne reflètent pas seulement l'état d'esprit d'un moment mais la suite d'une longue réflexion. J'ai été assez heureux de recevoir les avis des uns et des autres et de constater que je n'étais pas le seul à avoir cette réflexion.


Vous avez aussi sans doute compris qu'il ne s'agissait pas pour moi de rejeter l'église mais de poser une réflexion sur la raison d'être de l'église et donc l'objectif de ses programmes.


En tant qu'adventiste, nos rituels du sabbat matin sont sûrement les mêmes. Il peut aussi être le même pour ceux qui fréquentent d'autres communautés religieuses avec d'autres jours d'adoration. 

On se réveille. On se prépare en enfilant nos plus beaux vêtements. Ensuite, nous nous dirigeons vers un lieu de culte pour assister à un programme. Chants, prières, interventions se succèdent jusqu'à la bénédiction finale. On se lève, salue quelques frères et sœurs et on retourne chez soi avec la satisfaction du devoir accompli jusqu'à la semaine suivante. Mais qu'est-ce que cela change à nos vies personnelles et dans notre relation aux autres ? Dans notre vision du monde et dans le déroulement de l'histoire ? Dans notre mission et notre rôle sur cette terre ?

Est-ce que c'est cela l'église ? L'Eglise est-elle réduite à un programme dans un lieu précis ? Des programmes qui de plus en plus, ne satisfont pas une bonne partie de ceux qui y participent. Il est donc pertinent de se poser les questions suivantes : quelle est la définition biblique de l'église ? Comment entrer dans cette dimension communautaire demandé par Dieu dans un monde où l'individualisme est excessivement mis en avant ?


Cette réflexion me ramène au texte biblique. Et je dois me rendre difficilement à l'évidence que je suis peut-être en train de faire la même erreur que le peuple d'Israël avec le rituel du sanctuaire. Les juifs au temps biblique mettaient beaucoup l'accent sur le rituel. En langage plus simple, nous pourrions dire la participation à un programme. Être en accord avec Dieu consistait à pratiquer ces rituels. Des rituels qui avec le temps avaient perdu de leur sens. On les faisait pour les faire. Et ceux qui ne les faisaient pas ou les pratiquaient mal, étaient considérés comme de mauvais juifs. Séparés de Dieu. Banni des bénédictions de Dieu. 

Bien sûr, ces rituels étaient demandés par Dieu. Dieu les avaient donnés à la sortie de l'Egypte durant l'Exode dans le désert. Ils ont une large place dans les cinq premiers livres de la Bible.


Pourtant, dans l'ancien testament, Dieu attire déjà l'attention des israélites. Le prophète Ésaïe se fait le porte parole de Dieu au premier chapitre de son livre dans les versets 11 à 15. Dieu, dans ces versets, questionne les rituels avec des mots très forts. Pourtant, c'est le même Dieu qui ne change pas qui avait prescrit les sacrifices. Il y avait toute une organisation autour d'eux. La vie d'Israël était rythmées par ces moments. Pourtant, Dieu semble ici remettre en question cette pratique. En réalité, quand on lit attentivement le texte, Dieu ne parle pas simplement des sacrifices mais de l'état d'esprit dans lequel ils sont faits. Voici les versets qui suivent cette tirade ‬:

"Lavez-vous, rendez-vous purs. Éloignez de mes yeux vos actions mauvaises, arrêtez de faire le mal. Apprenez à faire le bien. Cherchez à respecter le droit. Ramenez dans le bon chemin celui qui écrase les autres par l’injustice. Défendez les droits des orphelins, prenez en main la cause des veuves." ‭‭(Ésaïe‬ ‭1:16‭-‬17)


Des rituels qui n'ont aucun impact sur notre vie pratique sont sans force. Des rituels accomplis tout en négligeant nos devoirs les plus élémentaires envers les autres sont inutiles pour Dieu. Vous constaterez comme moi que, dans les versets précités, tout ce qui nous est demandé concerne notre capacité à entrer en relation avec les autres. En d'autres termes, nous ne pouvons pas nous focaliser sur Dieu en oubliant ceux qui nous entourent.

Israël a fait une grande erreur: penser que ce qu'ils accomplissaient extérieurement pouvait les changer intérieurement. Ils ont pensé que Dieu se satisfaisait des sacrifices et du sang des animaux. Mais, aucun culte en lui-même, aucun programme, aucun rituel ne peut nous changer intérieurement. Aucune de ces choses n'a le pouvoir de répondre à nos aspirations profondes. Le culte et tous les rituels sont des moyens pour un but bien plus importants: nous permettre de nous reconnecter: avec Dieu, avec les autres et aussi avec nous-mêmes. 

Lors de son incarnation, Jésus va aussi remettre le rituel et les programmes à la bonne place. Il va aussi attirer l'attention des personnes de son temps sur cette réalité. Plusieurs fois, Jésus va ramener ces auditeurs, non sur le rituel, mais sur leur signification.

Au chapitre 23 du livre de Matthieu, nous trouvons un long discours de Jésus contre l'attitude des scribes et pharisiens qui se présentaient en défenseurs rigoureux des rituels. Les premiers mots de Jésus sont les suivants: "‬‬Faites donc et observez tout ce qu’ils vous disent; mais n’agissez pas selon leurs œuvres. Car ils disent, et ne font pas." ‭‭Matthieu‬ ‭23:3‬ ‭LSG


Il va continuer avec cette phrase: "‭‭Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes..."‭‭Matthieu‬ ‭23:5‬ ‭LSG‬‬


Nous pouvons avoir de multiples motivations dans la participation des programmes d'église. Des motivations qui peuvent être a l'extrême opposé des objectifs du Dieu qui les a mis en place. Dans le contexte des mots du Christ, les scribes et les pharisiens avaient tendance a se mettre en avant dans l'accomplissement des rituels. Ils passaient leurs temps à scruter si les autres accomplissaient convenablement les règles et pratiques. Ils se permettaient même de pointer du doigt les autres et de les juger publiquement. Comme les pharisiens, certains peuvent utiliser les rituels, les programmes de l'église pour se mettre en avant, pour satisfaire leur propre ego. Ou pour tout autre motivation qui ne rentrent pas dans le cadre prévu par Dieu. 


Jésus ne va pas remettre en question les rituels mais l'état d'esprit et les motivations dans lesquels ils sont faits. Du verset 13 au  verset 16 du même chapitre, Jésus va dénoncer l'état d'esprit dans lesquels les pharisiens accomplissent les rites.

Voici une déclaration de ce passage: ‭‭"Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! Parce que vous payez la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin, et que vous laissez ce qui est plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité: c’est là ce qu’il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses." Matthieu 23.23.LSG 


Jésus va rappeler à travers plusieurs exemples que les rituels faits et bien faits ne suffisent pas si l'on méprise les autres. Il va montrer que les rituels n'ont aucun sens s'ils ne nous change pas de l'intérieur.


Les questions qui me taraudent ces derniers temps sont les suivants: Ne suis-je pas arrivé à ce point où je met l'accent plus sur le rituel que sur leur objectif ? Le rituel est-il un moyen ou une fin en soi ? Et si c'est un moyen, quelle en est la finalité ? Pourquoi je viens m'assoir à l'Eglise ? L'Eglise n'existe-t-elle que par ses programmes et ses rituels ?


Il est douloureux pour certains de le reconnaître peut-être, mais cette perspective de la primauté du rituel au détriment du sens ou de l'objectif, a conduit les leaders juifs à concevoir et à ajouter des normes à ce que Dieu lui-même avait demandé. J'ai l'impression que nous faisons beaucoup cela aujourd'hui dans nos communautés chrétiennes toutes confessions confondues. Et cela rejoint quelqu'un qui disait que lorsqu'une organisation a perdu le sens de sa mission, elle se met à inventer des règles pour se donner l'impression d'exister. 


Aujourd'hui encore, nous assistons a des débats sans fin sur la manière de faire le culte, sur la musique et la liturgie, sur ce qu'on doit y mettre ou enlever, s'il faut prier debout ou à genoux, sur les vêtements qu'on devrait y mettre en y participant, ... Et encore bien d'autres questions. Avec tous ces conflits, nous perdons souvent de vue l'objectif du culte et l'essence même de ce que doit être l'Église. 


Je vois déjà réagir tous les puristes et conservateurs qui diraient que je suis en train d'inviter à une sorte d'anarchie ou je suis en train de mettre en avant une église sans règles. Non pas dut tout. Oui, il y a une manière de faire. Oui, il y a une organisation. Oui, il y a des règles. Mais la vraie question serait plutôt: comment, alors que nous croyons dans le même Dieu, que nous avons le même mode d'emploi (la Bible), ne pouvons-nous pas nous mettre d'accord sur la manière de faire ? Pourquoi ces débats sans fin qui nous minent et dégénèrent en conflits interminables où chacun prétend avoir raison contre tous les autres ? Comment faire pour retrouver l'essence même de ce que doit être l'Eglise ? Pas un programme. Pas un lieu, mais une rencontre.


Pour répondre à ces questions, il faut remonter à la création. Ce récit contient des réponses pour notre réflexion. Dans Genèse 2, la Bible nous relate les premiers instants de la vie humaine. L'homme est le seul élément créé par Dieu qui n'a pas été par la Parole. Tout a été créé par la parole, mais l'homme a été créé des mains mêmes de Dieu. Il y a ici une première leçon à retirer: il y a une dimension relationnelle dans ce geste de Dieu qui met la main à la pâte pour façonner le premier homme. Dieu et l'homme sont appelés à avoir une relation différente des autres êtres vivants créés par Dieu. Ils doivent se parler, communiquer, être en relation. 


La suite du texte doit aussi nous faire réfléchir: Dieu place l'homme dans le jardin d'Éden. Tout est bon et parfait. Pourtant au verset 18, le texte biblique dit: "‭‭L’Éternel Dieu dit: Il n’est pas bon que l’homme soit seul; je lui ferai une aide semblable à lui." (Genèse 2:18) Dieu constate qu'il y a un manque. Aurait-il oublié quelque chose ? Impossible. Nous parlons d'un Dieu parfait. Alors pourquoi ? 

Nous pourrions nous attendre à ce que le verset suivant apporte la solution au manque que Dieu vient de constater. Mais ce n'est pas ce qui se passe. La Bible nous dit que Dieu va faire passer devant l'homme tous les animaux pour qu'il leur donne un nom. Le premier travail que Dieu donne à l'homme consiste à donner un nom aux animaux. Dieu aurait pu le faire et le dire à Adam. Il associe l'homme à l'organisation de sa création. Et là, l'homme constate que tous les animaux sont par deux: un mâle et une femelle. Mais lui il est tout seul. Il ressent soudain un manque. Une envie d'entrer en relation avec quelqu'un qui lui ressemble. Sa relation avec Dieu n'est donc pas suffisante.


Et voilà la deuxième leçon de ce texte: Dieu aurait pu directement créé deux êtres humains, comme pour les animaux. Mais Dieu va faire naître ce besoin en l'homme pour lui montrer qu'il n'est en réalité complet que dans cette double relation: avec Dieu et avec son prochain. 


Le constat de Dieu sur la solitude de l'homme ne se réfère pas seulement au mariage. Cette phrase nous rappelle que l'homme ne peut s'épanouir, être véritablement a l'image de Dieu que s'il reste en relation avec Dieu et avec son prochain. 


Toute tentative consistant à laisser penser que nous n'avons besoin que de Dieu pour bien vivre, remet en question le récit de la création. Toute conception qui nie l'existence de l'autre et la nécessaire relation avec lui prend un chemin qui nous sort de notre format de création et du dessein de Dieu pour nous. 


Et vous constaterez que le péché lorsque nous l'analysons dans la perspective de la relation, nous comprenons mieux ce que Satan cherche à faire. Le péché n'est pas d'abord une transgression à un ordre, c'est premièrement une cassure dans les relations. 


Après le péché, l'homme se cache de Dieu. Il a du mal à entrer en relation avec son Créateur. Et lorsque Dieu l'interroge, il accuse sa femme d'être à l'origine de son acte. Pourtant, il l'avait accueilli comme étant os de ses os et chair de sa chair. 


Dissensions, conflits, cancans, mésentente, rancune, égoïsme, égocentrisme, individualisme, méfiance sont des conséquences du péché. Avec le péché, il y a rupture dans les relations. Il faut donc trouver une solution pour rétablir la communauté édenique. L'entente parfaite. L'amour sincère, véritable et authentique. 


Dieu va mettre en place un ensemble de rites. Après la sortie d'Égypte, sous l'ordre divin, Moïse va présenter le rituel du sanctuaire. Mais là encore, la raison de la mise en place du sanctuaire commence avec une phrase qui fait référence à un Dieu qui désire être en relation avec nous: "Ils me feront un sanctuaire, et j'habiterai au milieu d'eux." (Exode 25:8) Le désir de Dieu est que nous habitions avec lui. Il veut que nous vivions sous le même toit. Cela dépasse les simples relations épisodiques ou éphémères. C'est une relation, profonde et durable. Une relation exclusive qui ne nous enferme pas sur nous-mêmes, mais nous ouvre à l'autre. Et cette dimension communautaire est palpable dans les rituels du sanctuaire. C'est en communauté que se vit l'adoration.


L'objectif premier d'un rituel est de vivre en communauté une rencontre avec Dieu.


Ces rituels avaient un objectif précis: recréer la communauté originelle dans la relation de base Dieu, moi et mon prochain. Son objectif vise de réparer les trois cassures apparues lors du premier péché en Éden: cassure avec Dieu, cassure avec l'autre et cassure en nous-mêmes. 


A de nombreuses reprises, Dieu rappelle la nécessité, certes de garder la relation avec lui, mais aussi d'aimer l'autre, y compris celui que l'on considère comme étranger. Le peuple d'Israël n'a donc pas l'exclusivité de l'accès à Dieu. Aucun homme, aucune organisation, aucune église ne détient l'exclusivité de Dieu. Dieu se révèle à qui il veut, où il veut et au moment où il le veut. Ne l'oublions pas! Dieu ne cesse de nous inviter à cette instrospection personnelle pour prendre conscience du vide que nous avons en nous.


Pour terminer cette partie, nous pouvons dire que tout programme d'église qui ne vise pas à favoriser la rencontre avec Dieu et avec l'autre sort de l'objectif divin. Je ne parle pas ici de s'asseoir l'un à côté de l'autre dans la même salle. Je parle ici de développer des relations vraies les uns avec les autres. 


Lorsque nous nous rencontrons en communauté, Dieu manifeste sa présence parmi nous. Nous prenons alors conscience de notre état et des conséquences du péché dans nos vies (triple cassure: avec Dieu, avec l'autre et avec nous-mêmes). Et Dieu nous propose la solution à cette triple cassure. Pas a une seule mais au trois cassures. Je ne peux pas dire que j'ai accepté la grâce de Dieu et continuer à mépriser l'autre ou me dévalorisant moi-même. La solution de Dieu est une guérison totale.


Avec Jésus, la fraternité est à nouveau possible, et les programmes d'église doivent favoriser les relations fraternelles. Si nos programmes sont déséquilibrés et n'offrent que la restauration de la relation avec Dieu, nous n'atteignons pas l'objectif prévu par Dieu. 


Nos programmes d'église participent à la restauration des trois cassures causées lors du premier péché. Ils font partie du plan de Dieu pour la guérison humaine. Chaque programme d'église doit nous réconcilier avec Dieu, avec notre prochain et avec nous-mêmes. 


Dans dans notre prochaine réflexion, approfondirons cela avec les enseignements de Jésus et de l'apôtre Paul. Et nous comprendrons un peu plus ce qui fait l'essence de l'église et l'objectif de ses programmes. 

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