Rechercher

Dépression et suicide: je les connais ces deux-là...

Voilà deux mots qui sont devenus assez communs ces dernières années. Oui, c'est vrai ce n'est pas un sujet réjouissant. Mais ce sont deux mots qui font partie de ma vie et de mon histoire ! Peut-être que certains ne le savent pas, mais j'ai connu une grosse période de dépression suivi d'une tentative de suicide il y a quelques années. Dans le cadre de ce blog, mon objectif est aussi de montrer ma vie de chrétien ordinaire, avec mes forces et mes faiblesses, mon parcours avec ses réussites et ses échecs.


Aujourd'hui, je souhaite vous parler de cette période de ma vie. Mais j'aimerai d'abord camper le sujet en donnant une définition et quelques chiffres. La situation sanitaire et les périodes de confinement ont mis en avant les questions de santé mentale; et particulièrement celles de la dépression et du suicide. Je crois qu'il est important d'en parler et d'être vigilant.


Définition et chiffres



La dépression constitue un trouble mental courant, caractérisé par la tristesse, la perte d'intérêt ou de plaisir, des sentiments de culpabilité ou de faible estime de soi, des troubles du sommeil ou de l'appétit, d'une sensation de fatigue et d'un manque de concentration.


En France, on estime qu'environ une personne sur cinq a connu ou connaîtra un épisode dépressif dans sa vie.L'Institut Nationale de Prévention et d'éducation pour la Santé estime qu'en 2010, 7,5 % des 15-85 ans auraient vécu un épisode dépressif, avec une prévalence deux fois plus importante chez les femmes que chez les hommes. La dépression ne concerne pas que les adultes. La prévalence des troubles dépressifs est estimée entre 2,1 à 3,4 % chez l’enfant et à 14 % chez l’adolescent.


Concernant le suicide, la France présente l'un des taux de suicide le plus élevé d'Europe avec 9 000 décès par suicide. Selon le Baromètre de Santé Publique France, près de 5% des 18-75 ans de la population générale déclaraient avoir pensé à se suicider au cours des 12 derniers mois et plus de 7% déclaraient avoir fait une tentative de suicide au cours de leur vie.


De nos jours, le suicide en Martinique, ce sont en moyenne 20 à 30 décès par an. Cette mortalité touche plus particulièrement les hommes que les femmes. Sur 32 décès, 25 sont des décès masculins et 7 sont féminins. Pourtant, la Martinique présente les taux de mortalité par suicide et d’hospitalisations pour tentatives de suicide parmi les plus faibles de France, inférieure de plus de 20% des taux nationaux. (Bulletin de Santé Publique de Mars 2019).


Il est à noter que les statistiques indiquent une hausse des passages aux urgences pour les moins de 15 ans pour des motifs psychiatriques, notamment pour des gestes suicidaires. Pour les pédopsychiatres, les enfants n’échappent probablement pas aux répercussions de la crise sanitaire sur leur vie, ni à l’angoisse de leurs parents.


Mon expérience


Lorsque je parle de dépression, je ne parle pas de mélancolie ou du petit coup de blues passager. Je ne parle pas de ces jours où on n'a pas envie de lever pour aller travailler. On parle de dépression lorsque la tristesse et son cortège de symptômes (perte d’énergie, d’appétit, perturbation du sommeil, manque d’intérêt, diminution de la concentration, sentiments de dévalorisation, pensées suicidaires) perdurent au-delà de deux semaines.


En 1997, j'ai connu cette longue période de dépression. J'étais en terminale. J'ai redoublé cette année-là d'ailleurs. Ce sentiment bizarre qui m'envahissait. J'avais l'impression de ne pas être à ma place. La sensation de ne compter pour personne. La moindre remarque m'affectait plus que d'habitude. J'étais à fleur de peau. Je ne voyais aucun sens à mon existence. Il me semblait inutile de continuer à faire des études. Mon avenir me semblait noir. Un long mur sans fin et d'une hauteur incroyable se dressait devant moi.


Durant mes nuits blanches, je ne cessais de revoir le film de ma vie et de la trouver d'une profonde insignifiance. Je n'avais que 22 ans. J'avais redoublé toutes mes classes précédentes depuis la quatrième et j'essayais de comprendre ce que j'avais déjà fait de bien dans ma vie. Je n'avais pas l'impression d'avoir fait quoi que ce soit de particulier.


Celui qui n'a pas vécu la dépression ne comprendra sûrement jamais ce que vit le dépressif. En parler était pénible, parce que j'avais du mal à me comprendre moi-même et à mettre des mots sur mon état. C'est ce qui rend la dépression aussi difficile à vivre. Je ne pouvais m'expliquer puisque je ne comprenais pas moi-même ce qui m'arrivait. Alors, je me réfugiais dans la solitude.


Ma famille ne comprenait pas et ne me comprenait pas. J'étais devenu un étranger pour eux. Je leur en voulais comme à mes amis de ne pas essayer de me comprendre. Aujourd'hui, avec le recul, j'ai arrêter de leur en vouloir. Je suis conscient aujourd'hui de la difficulté de s'approcher de celui qui passe cette période trouble.


En ce temps-là, j'avais plusieurs responsabilités dans mon église. Mais là, aussi, je crois que les membres d'église n'ont pas compris ce qui m'arrivait. Est-ce que je leur en veux ? Non, pas du tout. Avec le temps, j'ai aussi compris que nos communautés ne sont pas toujours outillé pour face à ce genre de difficulté. Structurellement, nous n'avons pas appris à gérer ce genre de problème. Certes, je savais que des membres bienveillants priaient pour moi. Mais je vous avoue que dans ces moments, savoir que l'on priait pour moi ne m'apaisait pas.


J'avais besoin d'acceptation. Besoin d'amour. Besoin de savoir que je comptais vraiment. Mais je n'ai eu souvent que des discours tout fait que je me refuse de donner à qui que ce soit est en diffi


culté aujourd'hui.


Le 10 janvier 1998, dans les toilettes de mon lycée, j'ai avalé plus d'une plaquette des antidépresseurs que m'avaient prescrit mon médecin traitant. De cette journée, je ne me rappelle rien. Tout m'a été raconté par ceux qui étaient là. Un lavage d'estomac. Cinq jours à l'hôpital. Un mutisme complet.



Je sais que beaucoup de chrétiens portent toute sorte de jugement sur ceux tentent ou qui mettent fin à leur jour. J'ai entendu les mots: manque de foi, manque de confiance en Dieu, abomination, sacrilège. Ces personnes n'ont jamais essayer de me comprendre et de comprendre ce qui m'avait conduit à cela. Il ne faisait que s'arrêter à un geste et me définissait à partir de celui-ci. Et je crois que mon blog veut aussi dire cela: arrêtons d'avoir des discours tout fait faits sans chercher à comprendre et à écouter l'autre.



Je ne saurais vraiment et pleinement écrire ce que j'ai ressenti ce jour-là et ce qui m'a fait passer à l'acte. Il m'est plus facile d'en parler. Il y a toute une charge émotionnelle que je ne saurai traduire dans l'écrit. En tout cas, arriver à ce point, c'est penser que la mort est la seule qui puisse abréger cette souffrance intérieure. Cette souffrance qui nous aveugle, qui change notre perception des choses et des gens. Une souffrance pesante et bien présente. Vouloir mettre fin à ces jours n'est pas un caprice.


Je sais que certains chrétien bien pensants diront que je fais une sorte de plaidoyer pour la dépression et au suicide. Ceux qui pensent cela, ne savent pas de quoi ils parlent. Et je leur pardonne. Car pour beaucoup , un chrétien n'arrive jamais à ce genre de sentiment. Dans un monde idéal, oui. Mais nous ne sommes pas dans ce monde idéal.


La dépression et le suicide existent. Des chrétiens passent par ces moments et nous devons essayer de comprendre ces sujets pour être là pour eux.


Je reviendrai la semaine prochaine sur la suite de ce thème en parlant de ma relation avec Dieu à cette période et des leçons que j'en tire aujourd'hui.


Conclusion

Cette période de ma vie a été difficile. Je crois que Dieu m'a permis de comprendre beaucoup de choses. De me comprendre moi-même. Cette période m'a aussi permis de mettre le doigt sur les blessures passées de mon histoire que je refoulais et qui m'ont conduit à ce désespoir. Des blessures que je traîne encore aujourd'hui et avec lesquelles je tente de vivre. Il y a des histoires de vie, des histoires familiales qui portent en elle une sorte de violence auquel nous faisons face un jour où l'autre.


De cette période, je peux dire que c'est là qu'à commencer une vraie démarche de foi personnelle. Je ne croyais pas parce que j'avais reçu une éducation chrétienne ou parce que j'avais suivi ma mère lorsqu'elle avait changé de religion. Je croyais pour moi-même. Je ne sais pas si on peut appeler cela de la maturité. En tout cas, il y a eu un avant et un après.


Je garde de cette période une sensibilité hors norme malgré l'image que je semble présenté. Parce que finalement, j'ai compris qu'une grande partie de cette épisode dépressive venait de l'image que je m'étais construit et qui ne correspondait à ce que j'étais au fond de moi. Etre soi pour mieux aller vers les autres. Retirer ces masques qui nous encombrent pour mieux entrer en relation. Avec l'autre, mais aussi avec Dieu.


Comme je l'ai dit, cette période a duré plus d'une année. Il y a bien des choses que je n'ai pas dites. Ce serait trop long. J'aime beaucoup écrire (une des choses que j'ai gardé de cette période). Mais j'ai compris que parler en face à face avait aussi cette capacité de nous libérer d'un certain poids. Et puis, j'ai compris que mon expérience peut servir à d'autres. Alors, si tu veux parler de ses deux sujets, je reste disponible.


P.S.: Je ne peux pas terminer sans remercier ceux qui m'ont aidé à sortir de cette période. La liste serait longue. Et il y a ceux qui sont conscients de m'avoir aidé et puis tous ceux qui m'ont aidé sans le savoir. Un regard. Un geste. Un mot. Une attention. Une écoute. Toutes ces petites choses qui m'ont redonné de l'espoir. Merci à vous!

200 vues1 commentaire