Rechercher

Après la pandémie, pourquoi ne sont-ils pas revenus ?

Depuis la fin des différents confinements et le retour à la normale des programmes dans les églises, il y a un fait que je ne crois pas être le seul à avoir remarqué : beaucoup de membres ne sont pas revenus dans nos communautés. Et la question que se posent plusieurs leaders et membres qui s’intéressent un peu à la vie de leur communauté, est la suivante : Ces membres vont-ils revenir ?



Cette question est légitime, car nous avons tous constaté, sans besoin d’une étude fine, que la fréquentation de nos cultes et programmes d’églises a fortement diminué durant la pandémie et a du mal à augmenter depuis la réouverture complète de nos églises. Certains se demandent même si les choses reviendront à la normale, c’est-à-dire à la situation d’avant la pandémie.


Selon une étude faite par Lifeway Research, 6% des fidèles ont déclaré qu'ils assisteraient moins souvent qu'avant la pandémie aux cultes de l’Église, tandis que 2% ont déclaré qu'ils y assisteraient rarement et 1% pour cent ont déclaré qu'ils n'y assisteraient jamais. En d'autres termes, alors que la fréquentation de l'église se redresse (lentement), nous ne devons pas nous attendre à ce que tout le monde revienne. Près de 1 personne sur 10 ne le fera pas. Il ne s’agit pas pour moi d’être pessimiste. Dieu a la puissance de faire mentir n’importe quelle étude, j’en ai l’assurance. Pourtant, nous ne pouvons rester insensible à cette réalité.


Les 9 % de fidèles qui ne prévoient pas de revenir pleinement nous offrent l’opportunité d’une réflexion sérieuse et de nous poser finalement les bonnes questions. Au lieu de nous torturer l’esprit pour savoir si et quand ces fidèles reviendront, nous devrions nous poser la question suivante : Pourquoi ses frères et sœurs ne reviennent-ils pas ? Répondre à cette question nous aidera à mieux nous préparer à une vie d’église qui correspondent aux nouveaux défis nés de la pandémie.


Six raisons

Voici six hypothèses que je souhaite partager avec vous pour lesquelles je crois que les gens ne reviendront peut-être pas à l'église :


1. Hésitation face au COVID. Même si le plus gros de la pandémie semble être derrière nous, le virus circule encore et nous ne sommes pas à l’abri de l’apparition de nouveaux variants. De plus, cette pandémie nous a fait découvrir (ou re-découvrir) les difficultés des hôpitaux publics. Au manque de personnels s’est ajoutée la fatigue extrême du personnel soignant qui était en première ligne durant la pandémie. De semaine en semaine, au gré des nombres de cas qui montent et qui descendent, des activités minutieusement programmées peuvent être remise en question.

Cela est tout aussi vrai pour certains programmes d’église : certains d’entre eux peuvent être annulés ou reportés. Beaucoup de membres ont encore peur et réduisent donc considérablement leurs activités religieuses, attendant un retour à la normale voire une disparition complète du virus. Cette peur n’est pas à minimiser.


2. Inertie . Dans le langage courant, l'inertie est synonyme d'« inactivité » ou de « lenteur ». En physique, cependant, il fait référence à "la propriété de la matière par laquelle elle conserve son état de repos ou sa vitesse le long d'une ligne droite tant qu'elle n'est pas sollicitée par une force extérieure".

Pour certains fidèles, le COVID était une «force externe» qui a perturbé la «vitesse le long d'une ligne droite» de notre fréquentation aux activités ecclésiale. Ils ont donc besoin aujourd’hui d'une autre "force externe" pour les remettre en mouvement après des mois de "repos". Cependant, puisque nous parlons de réalités spirituelles plutôt que matérielles, cette force sera une motivation impérieuse. Je reviendrai sur ce que pourraient être ces motivations.


3. Attachement ou sentiment d’appartenance faible. Une autre raison pour laquelle certains fidèles ne reviendront pas est que même avant le COVID, ils étaient faiblement attachés au Christ et à son Église. Nous devons rendre à l’évidence : tous ceux qui fréquentent l'église n'ont pas une relation dynamique avec Christ. Certains sont de nouveaux convertis et d'autres sont des chrétiens de nom. C’est une réalité qui nous attriste mais que nous ne pouvons nier. Cette pandémie a mis à jour les motivations profondes de chacun. Cette période a profondément remis en question la foi et les convictions de certains, et les discussions enflammées entre chrétiens n’ont pas arrangées les choses.


Jésus a parlé de ce groupe de personnes dans Matthieu 13 : 1 à 23. Il a décrit les cœurs des gens comme des sols qui fournissent ou non un terrain fertile pour la culture de la semence de l'Évangile. Certains entendent l'évangile mais ne le comprennent pas (verset 19). D'autres reçoivent l'évangile, mais les difficultés ou la persécution font vaciller leur foi (versets 20-21). Un troisième groupe entend la bonne nouvelle, mais les soucis de cette vie et la tromperie de la richesse étouffent la foi qui commence à monter (verset 22). Seul le quatrième groupe ; la semence qui tombe sur la bonne terre (verset 23) ; fournit un terrain fertile pour que l'Évangile prenne racine et soit productif.

Certains fidèles ne reviendront pas parce qu'ils n'avaient pas de solides racines spirituelles au départ. Les troubles et les soucis nés de la pandémie ont remis en question le peu de foi qu'ils pouvaient avoir.


4. Changement d'église. Une troisième raison pour laquelle certains fidèles ne reviendront pas est qu'ils ont commencé à fréquenter une autre église, une autre communauté ou aucune église ou communauté. Selon le même sondage précité de Lifeway Research, 87% des fidèles reviennent dans la même congrégation qu'ils fréquentaient avant la pandémie. Trois pour cent ont changé de communautés parce qu'ils ont déménagé et 5 % ont simplement changé de communauté. Et 5% disent : "Je n'ai plus d'église que je considère comme mon église." Nous pourrions aussi rajouter une catégorie qui n’apparait pas dans ce sondage ceux qui ont simplement changé de dénominations religieuses.


Nous ne pouvons rien faire pour les 3% de fidèles qui ont déménagé. Ce sont les 10% restants qui devraient nous inquiéter. Pourquoi quittent-ils nos communautés pour les autres ? Pourquoi ne considèrent-ils pas nos églises comme les leurs ? Cela nous amène à un point que je considère comme important qui fait que certains fidèles ne reviendront pas après la pandémie.


5. Aucune valeur ajoutée. Nos églises n'ajoutent pas de valeur ajoutée à leur vie.

En économie, la valeur ajoutée est définie comme la différence entre la valeur finale de la production (valorisée par le chiffre d'affaires) et la valeur des biens qui ont été consommés par le processus de production (consommations intermédiaires, comme les matières premières). Elle quantifie l'accroissement de valeur que l'entreprise apporte du fait de son activité aux biens et services intermédiaires qui proviennent de tiers (ses fournisseurs). Prenons un exemple simple : Le prix du pain au chocolat que vous achetez chaque matin est de 1,40€. Le coût des ingrédients est de 50 centimes.


Pourtant, je suis prêt à me séparer de 1,40€ parce que cela me fait plaisir de manger cette délicieuse pâtisserie. Ils ajoutent de la valeur à ma journée de travail bien remplie.

Il est difficile d'appliquer des analogies de consommation à la vie d’église, mais réfléchissons ensemble un instant. L’image qui suit est volontairement provocateur. Mon but est de nous amener à une réflexion. La mission de l'église est de connecter les fidèles avec Dieu, de donner du sens à la fraternité et de donner un but à notre vie. Par analogie, et dans une perspective économique, c'est le produit que nous proposons. Pour fournir ce produit, nous avons un budget, des activités, des bâtiments et même du personnel salarié. Bien que nous ne facturions personne pour sa participation à la vie de l’Église, les membres doivent être régulièrement présents, remettre la dîme, payer généreusement les offrandes et s’impliquer.


Les membres seront prêts à payer le prix de la participation, de la dîme et de leur implication bénévole précisément parce qu’ils tirent un bénéfice (valeur ajoutée) à fréquenter l’église. Malgré tout ce que l’on peut dire, si nous ne tirons rien de notre participation à la vie de l’Église, fatalement, un jour ou l’autre, nous la délaisserons.

Supposons maintenant, cependant, que nous arrêtions de percevoir cette valeur. Que nous avons le sentiment que l’Église ne nous apporte rien. Que ce qui nous est proposé ne nous relie plus à Dieu ? Que la fraternité authentique que l’on nous décrit n’existe pas dans la réalité. Ou encore que ce que l’Église nous propose ne répond plus de manière pertinente à nos questionnements existentiels et ne nous permet de donner du sens à notre existence. Et si, au lieu de cela, nous en venions à croire que l'église manque de santé spirituelle ou que personne ne se lie d'amitié avec nous ou qu'il n'y a pas de lieu où nous pouvons porter notre contribution de manière significative ? Pensez-vous que nous continuerons à payer le prix de la participation, de la dîme et de l’implication bénévole ?


Non bien sûr que non. Nous suivons Jésus, parce que ce qu’il nous propose, répond à un besoin profond chez nous. Le suivre amène dans notre une valeur ajoutée. Jamais la Bible ne nous présente des personnes qui décident de suivre Dieu et qui n’en tirerait un quelconque avantage. C’est le sentiment de paix intérieure qui nous amène à affronter les pires batailles de la vie avec confiance. Si l’Église qui doit nous relier à Dieu ne fait pas cela, il est temps de nous poser de sérieuses questions.

Pour certains pratiquants, le COVID, et particulièrement les périodes de confinement, a remis en question leur participation à la vie de l’Église. Ils se sont posés des questions et l’une d’entre elles a concerné la plus-value que leur apportait de se rendre dans un lieu de culte. Ils en ont conclu que l’assemblée n’était pas si primordiale pour eux et que l’absence de rassemblement n’enlevait rien à leur vie. Cela ne leur manquait pas tout simplement et ils ne reviendront pas. Bien sûr, cela ne concerne pas tout le monde. Mais, c’est un fait et il nous faut aussi réfléchir à notre manière de faire église. Venir à l’Église ne doit pas être un programme, mais une vraie rencontre avec Dieu et avec les autres. Lorsque nous ratons l’une de ses deux dimensions, nous perdons toute efficacité. Les programmes de l’Église ne sont pas des divertissements. (J’en ai parlé dans ma précédente réflexion que vous pouvez retrouvez en cliquant ici.)


6. Absence de Jésus. L'une des raisons pour lesquelles il est difficile d'appliquer les analogies du consommateur au ministère est que le consumérisme fait du client le roi. Dans l’Eglise, celui qui participe au culte n’est pas le centre de la rencontre. Le centre de nos rencontres, c’est le Christ. La société de consommation donne la priorité aux besoins et aux désirs du client. Et les consommateurs veulent rarement la Croix, même si c'est ce dont ils ont vraiment besoin.


Ainsi, lorsque nous parlons d'ajouter de la valeur ajoutée à nos rencontres et activités, nous devons veiller à ce que la valeur que nous ajoutons soit authentiquement chrétienne et attire les personnes à Christ. Paul a identifié le genre de valeur que nous devons chercher à ajouter, lorsqu'il a écrit : « Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l'excellence de la connaissance de Jésus Christ mon Seigneur, pour lequel j'ai renoncé à tout, et je les regarde comme de la boue, afin de gagner Christ, » (Philippiens 3 :8).

Le problème est que, dans un effort pour être pertinents, certaines églises offrent aux participants des conseils de bon sens avec un verset biblique ou deux attachés. Et dans la société actuelle, nous pouvons obtenir les mêmes conseils – sans les versets bibliques – de grands professionnels. Lorsque nous enlevons Jésus comme personnage central de nos rencontres, nous transformons nos programmes en divertissements. Et avouons-le, en matière de divertissement, le monde fera toujours mieux que nous.


Finalement, lorsque certains fidèles se rendent compte qu'ils peuvent obtenir le même conseil de bon sens à la maison, sans les coûts de l'église, de la dîme et de l’implication, ils décident simplement de rester à la maison.


Que faire

Il y a probablement plus de raisons pour lesquelles les fidèles ne retournent pas à l'église après COVID. À mon avis, ce qui les résume tous, c'est l'absence d'un motif impérieux pour aller à l'église. Un motif impérieux est ce qui fait passer les gens du repos à l’action. C'est ce qui maintient les gens attachés à l’Église. C'est la valeur que la fréquentation de l'église ajoute à leur vie.


Cependant, les motifs impérieux ne sont pas simplement des arguments purement intellectuels ; ils sont aussi de l’ordre de l’expérience. Quand Hébreux 10 : 25 nous exhorte à ne pas renoncer à nous réunir, comme certains ont l'habitude de le faire, mais à nous encourager mutuellement, il est tentant de penser que citer le verset suffit à inciter les gens à retourner à l'église. Ce n'est pas le cas. Culpabiliser ceux qui ne viennent pas ne les fera pas non plus revenir.


Ce que nous disons sur la fréquentation de l'Église doit correspondre à l'expérience que les gens ont de la fréquentation de l'Église. Chaque rencontre de l’Église doit être une expérience communautaire où nous nous tenons dans la présence de Dieu. Vivre une telle expérience ne se décrète pas. Nos rencontres, dès leur préparation, doivent être empreintes du Saint-Esprit. Nous ne devons pas seulement chercher l’esthétique et la performance, mais l’approbation de Dieu sur ce que nous présentons afin d’amener d’autres à le connaître. Si c'est le cas, les gens verront de véritables changements dans nos vies, culte après culte, et Dieu ajoutera à l’Église ceux qui sont sauvés. Si nous continuons a simplement enchainé les programmes, sans réfléchir véritablement à amener les personnes à Jésus et sans aucun changement véritable ne soit visible dans nos vies personnelles et dans nos communautés, nous avons du travail à faire.


74 vues0 commentaire