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Abus et agressions: et si nous en parlions...

Il y a quelques semaines, l'Eglise catholique a été au centre de l'actualité avec le rapport sur les abus sexuels. Les chiffres hallucinants de ce rapport nous rappellent, s'il en était besoin, que les abus sexuels sur les enfants sont une réalité que nous ne pouvons ignorer. De quels chiffres parlons-nous ? Les membres de cette commission rapportent après une longue enquête que près de 216 000 personnes ont été abusées par des hommes d'église sur une période de 70 ans.

Peut-être que certains penseront que je souhaite en rajouter une couche et dénigrer l'institution qu'est l'Eglise catholique, et peut-être même les catholiques. Loin de moi cette pensée. Je crois simplement que ce rapport doit nous interpeller tous. Il ne s'agit plus aujourd'hui de glisser ce genre d'affaires sous le tapis, parce que finalement on s'en prend les pieds dedans. Les conséquences ne sont ni beau, ni bien. Donc, ne comptez pas sur moi pour pointer du doigt l'Eglise catholique. C'est peut-être le moment de regarder chacun notre réalité et de dénoncer ce qui doit l'être. Avoir le courage de prendre le parti des victimes. Cela signifie entendre leurs histoires et dénoncer les abuseurs sans tenir compte de leur charisme ou de leur position dans les communautés, organisations ou entreprises. Il nous faut arrêter de cautionner ce qui ne peut l'être. Ce que d'ailleurs la Bible condamne de manière claire.


En tous cas, personnellement, ne me demandez pas de couvrir une quelconque histoire d'abus d'enfant, de viol ou d'agression sexuelle sur des jeunes, filles ou garçons. Ne me demandez pas au nom d'une pseudo image de l'Eglise de me taire face à des actes cruels qui hypothèquent la vie de centaines de jeunes enfants. J'ai lu et entendu des centaines de témoignages de personnes (filles ou garçons) qui ont été abusées dans leur enfance. J'ai des amis qui ont vécu ces abus. Adultes, ces personnes portent encore les stigmates de ces agressions. Elles portent ces histoires comme des centaines de sacs lourds qu'elles transportent à bout de bras et qui les empêchent de vivre pleinement. Des sacs qui les handicapent dans leur vie de tous les jours, dans leurs relations avec les autres, dans la confiance et l'estime qu'elles ont d'elles-mêmes. Des sacs qui hypothèquent leur espoir.


Non, je ne me tairai pas pour ne pas éclabousser l'Eglise. Je ne serai pas complice de l'inadmissible, de l'horreur, de l'innommable crime de ces hommes qui, dans l'Eglise, ont la mission de conduire des personnes vers Dieu. Je ne défendrai pas le "bourreau" juste pour sauvegarder une sacro sainte image de l'Eglise. Je ne crois pas que le Christ m'invite à faire le mort ou à jouer l'autruche face à ce genre d'évènement. Si face à ce genre d'actes, votre crédo est le silence, ne venez pas me parler de la Bible. Car, dans votre bouche, parler d'amour salit le message de l'Évangile.

Il est temps de prendre le taureau par les cornes et de poser des actes francs pour prendre en compte les paroles des victimes. Il ne faut donner l'impression aux victimes qu'elles sont du mauvais côtés de la barrière. Je ne peux pas entendre qu'une enfant de 4 ans est "trop chaude" et "qu'elle l'a cherché" ! Penser ainsi c'est le comble de la connerie et signe d'un dysfonctionnement à la puissance 1 000!

Alors oui, certains me diront qu'en tant que chrétien, je suis invité à aimer tout le monde. C'est un commandement de l'Évangile. Et je ne vous contredirai pas sur ce point. Tout le défi que nous propose la Bible, c'est d'entrer dans ce principe de l'amour. C'est un sacré défi! Mais aimer mon prochain n'a jamais consisté dans l'enseignement biblique à excuser tous les actes ou à cacher tous les crimes. L'amour biblique est responsable. Aimer l'autre me donne aussi la responsabilité de le protéger contre toute acte, toute attitude et toute parole qui porte atteinte à son intégrité et à sa personne. L'amour biblique m'invite à dénoncer celui qui abuse d'un enfant, celui qui frappe sa femme ou qui terrorise psychologiquement sa famille. Dénoncer de tels actes, c'est ce que nous le devons aux victimes. Dénoncer les abus, c'est mettre aussi l'abuseur face à ses actes et donc l'inviter à une remise en question personnelle. Une responsabilité qu'il doit assumer en conscience face à Dieu.


Les communautés religieuses, toutes dénominations confondues, ne doivent plus cacher sous le tapis ce genre de méfaits. Aucun de nous ne devrait les aider à le faire. Une telle attitude est incompatible avec l'enseignement biblique. Personnellement, je serai du côté des victimes. Dénoncer les abus faits aux enfants et aux femmes ne salit pas l'image de l'Église. Non! C'est au contraire, donner du sens au message de l'Evangile qui refuse toute forme de violence d'où qu'elles viennent.


Ces derniers mois, avec l'ampleur pris par le #metoo ou encore #balancetonporc, les dénonciations d'agressions sexuelles en tous genres ont fortement augmenté. La prise de parole de personnalités emblématiques sur le sujet a aidé beaucoup à avoir le courage de dénoncer ce qui leur était arrivé. Elles ont parlé, non pour se venger, mais pour lâcher un poids et se sentir mieux. Pouvoir être reconnu en temps que victime, c'est le début de la reconstruction.


Il faut dans nos communautés religieuses créer les espaces qui permettent de libérer la parole, mettre en place des procédures claires et connues de tous qui empêchent la culture du silence. Il faut sortir de l'entre soi pour entendre et prendre en compte la parole des victimes. Ce changement de mentalité ne peut plus attendre. Nous le devons à ceux qui ont été abusés. Nous le devons aux victimes.


Il est vrai que nous parlons ici d'abus physiques. Mais il est aussi important de souligner un type d'abus qui passe souvent inaperçu: l'abus que nous pouvons qualifier de spirituel. De quoi parlons-nous ? C’est quand on prétend pouvoir dire à un autre ce que Dieu veut pour lui. C’est prendre la place de Dieu, se faire un porte-parole de la volonté de Dieu pour quelqu’un d’autre. C'est avoir un discours sans cesse culpabilisant dénué d'amour et de grâce. L'abus spirituel, c'est lorsqu'un dirigeant d'église ou un simple membre s'érige en directeur de conscience d'un autre et l'empêche de prendre des décisions par elle-même. L'abus spirituel, c'est rendre un membre ou un groupe de personnes dépendant de nos discours, de nos discours et de nos visions, en lui faisant croire que nous avons un accès particulier à Dieu.

Certains penseront que j'exagère. Mais non! Cela existe bel et bien dans beaucoup de nos assemblées religieuses. Tout écosystème d'église qui ne responsabilise pas ses membres, mais les infantilise, peut conduire à de l'abus spirituel. Toute organisation ecclésiale qui empêche la réflexion personnelle et étouffe toute initiative individuelle peut développer de l'abus spirituel.

Je ne parle pas ici de la dénonciation du péché par tel ou tel prédicateur. Je ne parle pas ici de la nécessité d'inviter chacun à une vie plus juste et plus sainte et à faire confiance à la grâce de Dieu. Je ne parle pas ici de l'obligation de faire reconnaître à chacun son péché et de l'amener à Christ pour qu'il soit pardonné et justifié. Non, je ne parle pas de cela. Par contre, si nos discours et nos prédications s'arrêtent simplement à un doigt pointé vers l'autre ne voyant que ses péchés tout en se croyant soi-même mieux que lui, tout en évitant de lui présenter la grâce de Dieu comme solution, nous sommes dans de l'abus spirituel. Jésus ne montre jamais à ses auditeurs leurs imperfections, leurs péchés, la noirceur de leur motivation, sans leur donner la solution, sans continuer à les aimer inconditionnellement.

Lorsque dans nos communautés, nous perdons de vue les personnes pour ne voir que leurs péchés et à faire référence qu'à leurs imperfections, nous sommes dans l'abus spirituel. Il est donc urgent que nous revoyons nos discours pour ne pas pratiquer l'abus spirituel sans même nous en rendre compte. Il s'agit ici que chacun analyse les motivations qui l'animent lorsqu'il prend la parole ou lorsqu'il prêche. Soyons humbles pour ne pas tomber dans l'erreur de penser que nous sommes mieux que les autres.

L'abus dans l'Eglise, quelque soit sa forme, doit être dénoncé. Pour se faire, il nous faut mettre en place des procédures, de la formation et de l'information. Il ne faut pas faire comme si cela n'existe pas. S'enfouir la tête dans le sable pour nier une réalité qui existe et qui détruit tant de vies.

Alors que j'arrive à la fin de cette réflexion (et je suis conscient d'avoir juste effleurer le sujet), je voudrais inviter chacun à réfléchir afin de faire de nos lieux de culte, nos assemblées spirituelles de vrais havres de paix, des lieux d'espérance et d'espoir, des espaces où chacun peut se sentir accepté, entendu et écouté. J'aimerai aussi dire toute ma sympathie aux victimes et leur demander pardon si, inconsciemment, j'ai moi aussi entretenu ou donné ma voix à un système qui pratique ou entretient l'abus sous quelques formes que ce soit. Je leur demande pardon si j'ai eu un silence coupable face à certains faits ou certaines attitudes. Je prie le Seigneur de m'aider à avoir un regard qui est le sien pour le pécheur. Un regard bienveillant, compatissant et qui aime inconditionnellement. Que le Seigneur me vienne en aide. Que le Seigneur nous vienne en aide!


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