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À quoi sert l'Église finalement ?

Cette question est légitime aujourd’hui. Elle l’a toujours été et l’est encore plus aujourd’hui avec cette crise sanitaire et son cortège de confinement à répétitions et de distanciation sociale. La fermeture des lieux des cultes, la diminution des rassemblements d’église et la multiplication des cultes en ligne amènent à se poser légitimement cette question. A-t-on finalement besoin d’aller s’asseoir dans un bâtiment ? Est-ce une obligation d’assister à ces rassemblements ? Chacun ne pourrait-il pas rester chez lui, devant sa télé, regarder un culte sur YOUTUBE, en pyjama et en mangeant des chips ?




Créés pour vivre en communion.


L’être humain est un être fondamentalement social. Pour être heureux, s’épanouir et se développer sainement, il a besoin d’être en relation avec d’autres êtres semblables à lui. Cela a été prévu dès la création en Éden. Adam, en nommant les animaux, se rend compte qu’il n’y a aucun être qui lui ressemble.

Alors que le péché n’existe pas encore, Dieu va amener Adam à comprendre qu’il ne peut vivre en solitaire et dira : « Il n’est bon que l’homme soit seul. » Nous comprenons donc qu’être en relation avec les autres n’est pas une disposition née du péché. Dieu l’avait inscrit dans le disque dur de notre cerveau. La raison en est simple : Dieu Lui-même est communauté. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont une communauté. Et comme l’être humain est créé à l’image de Dieu, il est créé à l’image du Dieu de la communauté.


Dieu n’a donc jamais prévu que l’homme vive en autarcie ou en solitaire. Il a prévu que l’homme vive dans la communauté et soit solidaire. Aucun être humain ne se suffit à lui-même. Aucun être humain ne peut concevoir son existence sans être en lien avec les autres. Pour être heureux, l’homme doit vivre dans une relation à deux niveaux qui donne du sens à sa vie : relation avec Dieu et relation avec son prochain. Dieu nous a programmé pour que nous développions ces deux niveaux de relation. Sans cela, nous sommes totalement incomplets voire perdus.


Le péché : une cassure dans les relations.




Lorsque nous lisons le récit du premier péché dans la Genèse, nous comprenons rapidement les conséquences du péché. Il agit principalement au niveau des relations. Nous pouvons définir ici le péché comme un choix qui nous sort du cadre relationnel dans lequel Dieu nous a créé. Adam et Ève se cachent en entendant la voix de Dieu. Adam accuse Ève de l’avoir entrainé dans cette histoire. Et en quelque part, il accuse Dieu d’avoir mis à ces côtés cette femme. Elle n’est plus « chair de sa chair et os de ses os ». Elle n’est plus la source de son bonheur. Elle est devenue une ennemie, celle par qui le malheur arrive.

Depuis, les relations tant avec Dieu qu’avec notre vis-à-vis sont devenus difficiles et conflictuels. Il y a de la peur, de la méfiance, de la domination, de l’hypocrisie, … L’harmonie est rompue. Alors que la relation à l’autre devait apporter épanouissement, sens et bonheur, elle produit de la violence, de la confusion et du malheur.

Face à cette tragédie, Dieu avait déjà prévu un plan : le plan de la rédemption. Ce plan vise donc à porter une solution durable aux conséquences visibles du péché: les relations brisées avec Dieu et avec le prochain. La grâce de Dieu vise à restaurer une communauté brisée.


L'Église: une école d'apprentissage de la communauté


Le ministère du Christ et l'établissement de son église vise à nous faire comprendre une chose: le royaume de Dieu est fondé sur l'amour. Jésus va d'ailleurs résumer la loi en deux principes: Aimer Dieu et aimer son prochain. Il va aussi définir le disciple comme étant celui qui aime son prochain (Jean 13: 35). Son grand discours, communément appelé Sermon sur la montagne, est un condensé de son enseignement et tourne principalement autour de la relation avec Dieu et avec le prochain. Il ira même jusqu'à affirmer que celui qui vient au culte et qui se rend compte qu'il a un problème avec son frère doit d'abord résoudre son différend avec son frère avant de présenter une quelconque offrande à Dieu. Jésus, dans tout son enseignement, n'aura de cesse de démontrer que la vraie religion est d'abord une question de relation.


Dans la perspective du Christ, l'Église n'est pas un lieu où l'on organise des programmes, mais un lieu où l'on apprend à développer des relations nouvelles empreintes d'un amour qui vient de Dieu lui-même. Car celui qui accepte le Christ et son ministère rédempteur accepte de laisser l'amour couler en lui. Un amour qui est un principe de vie, un amour qui régénère et qui guérit. L'Église est donc d'abord un lieu de restauration avant d'être une succession de programme auquel on assiste. L'Eglise est faite pour s'occuper des personnes et non pour organiser des programmes. Ceux-ci ne sont que des moyens pour nous permettre d'avoir des relations sur de nouvelles bases: un amour inconditionnel.


Le culte hebdomadaire n’est pas quelque chose auquel on assiste, mais un rassemblement dans lequel chacun doit être impliqué. Impliqué dans toute sa personne: physique, mental, émotionnel et spirituel. Le culte hebdomadaire n’est pas un spectacle que l’on regarde. C’est un temps d’adoration qui réclame notre participation active et entière, non pas seul, mais les uns avec les autres. La dimension fraternelle est une composante de l'adoration. Ce n'est pas une option.


L'apôtre Paul va, dans ses écrits, souligner l'importance de notre relation les uns avec les autres dans l'Église. Il ne cessera dans ces lettres aux églises d'utiliser les expressions suivants: les uns les autres, les uns avec les autres, les uns pour les autres, ... Il va aussi faire la plus merveilleuse description de l'amour qui coule en nous lorsque nous acceptons Jésus dans notre vie dans le chapitre 13 de la lettre aux Corinthiens.

L'auteur du livre des Actes décrivant les activités de la première Église dit ceci: "Ils persévéraient dans l'enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain, et dans les prières. La crainte s'emparait de chacun, et il se faisait beaucoup de prodiges et de miracles par les apôtres. Tous ceux qui croyaient étaient dans le même lieu, et ils avaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, et ils en partageaient le produit entre tous, selon les besoins de chacun. Ils étaient chaque jour tous ensemble assidus au temple, ils rompaient le pain dans les maisons, et prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de coeur, louant Dieu, et trouvant grâce auprès de tout le peuple. Et le Seigneur ajoutait chaque jour à l'Église ceux qui étaient sauvés." (Actes 2: 42 à 47) Il ne fait ici que décrire les relations qui existaient dans cette nouvelle Église: relation avec les autres mais aussi avec Dieu.


J'ai pour habitude de dire que si la fraternité est automatique, les relations fraternelles par contre se construisent. Cela mérite peut-être une explication: Lorsque nous acceptons Jésus comme notre Sauveur, nous entrons dans la famille de Dieu et nous devenons frères (ou soeur) de tous ceux qui ont déjà accepté Jésus. Par contre, nous ne pouvons développer des relations fraternelles qu'en acceptant de rentrer en contact avec les autres, en ayant des activités les uns avec les autres, en nous aidant les uns les autres, en apprenant à nous aimer les uns les autres.


Notre fraternité ne se développe donc pas seulement lors du culte hebdomadaire ou des programmes d'Église. D'ailleurs, cela n'est guère possible. Car, durant ce temps, nous sommes tous tournés vers la chaire et celui qui parle sans qu'il y ait véritablement de relations entre nous. Cela est encore plus vrai aujourd'hui avec la crise sanitaire où les rassemblements en fin de programme ne sont pas conseillés.


Nous devons apprendre à créer et tisser des liens avec nos frères et soeurs pour recréer la communauté telle que Dieu l'avait prévu en Eden. Nous devons donc créer des espaces et des temps qui nous permettent de le faire. C'est, me semble-t-il, le défi de l'Eglise aujourd'hui. Nous aspirons tous à des relations vraies et sincères. Nous ne supportons plus de n'être que des individus dans la foule, des membres parmi d'autres. Nous aspirons tous à des relations authentiques. Elles ne sont possibles qu'entre ceux qui connaissent Jésus. C'est en cela que l'Eglise est un lieu de refuge. Un havre de paix. Une oasis où nous pouvons nous reposer et prendre des forces. Si elle n'est pas cela, c'est que notre relation avec Christ n'est pas ce qu'elle doit être.


La qualité de nos relations dans l'Eglise est un thermomètre mesurant la qualité de notre relation avec le Christ. Car, plus nous sommes proches du Christ, plus nous sommes proches de nos frères chrétiens. Plus nous sommes remplis de l'Esprit, plus nous développons des qualités et un caractère qui rend possible les relations entre nous, parce nous développons le fruit de l'Esprit: l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bénignité, la fidélité, la douceur, la tempérance. Lorsque les conflits, le manque de pardon, l'indifférence, l'égoïsme et l'absence de communication vraie et sincère perdurent dans nos communautés, il nous faut sincèrement et objectivement nous remettre en question et analyser la qualité de notre relation avec Dieu. Seul le péché nous sépare des autres, et lorsque nous sommes dominés par lui, nous nous séparons de nos frères et soeurs.


Conclusion


J'ai écouté dernièrement une émission avec Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, sur les effets de la crise sanitaire et la solitude qu'elle avait créé chez bon nombre de personnes. Il a eu cette phrase: "La solitude est une agression physique." Il expliquait ensuite que cette agression était même visible dans les IRM faites du cerveau. Il ajoutait encore: "Sans altérité, je meurs." Cette homme ne fait que confirmer que la relation à l'autre est inscrite en nous. Elle est incontournable pour que nous soyons heureux.


L'Église est nécessaire, car elle nous aide à entrer à nouveau dans le plan de communion que Dieu a prévu pour l'humanité. Elle nous rappelle que nous sommes des êtres créés par Dieu dans un but bien précis. L'Église nous rappelle que nous sommes pas des êtres solitaires mais des êtres solidaires. Nous avons besoin des autres pour progresser dans notre vie, y compris dans notre croissance spirituelle. Cela signifie qu'il nous faut cesser de considérer l'Église comme un simple lieu de programmes, comme un rassemblement quelconque de personnes n'ayant que les mêmes croyances. L'Eglise est plus que cela. Elle est corps du Christ, dans laquelle nous apprenons à développer le caractère du ciel.

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